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Rome n’est plus Rome

«Rome n’est plus dans Rome: 60 ans d’Europe et après?». Le titre de l’événement — débat que l’Institut Delors organise en partenariat avec d’autres «groupes de réflexion» le 23 mars à l’Assemblée nationale française, est en soi indicatif de la situation dans laquelle se trouve actuellement le projet d’intégration européenne: c’est-a-dire à la croisée des chemins, face aux crises qu’elle traverse.

En effet, à l’heure actuelle, le bilan de 60 ans du projet européen suscite plutôt des inquiétudes. La crise économique met en lumière toutes les faiblesses intrinsèques de la zone euro, tandis que, dans le même temps, la droite nationaliste est en hausse. La crise généralisée d’identité, qui a suivi la crise économique, est déjà cristallisée sous forme d’une crise de la démocratie. En d’autres termes, nous nous trouvons actuellement à l’opposé des objectifs fixés par les pères fondateurs de l’Union européenne au début des années 1950, à savoir la consolidation de la démocratie et le renforcement de la croissance économique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qui avait laissé l’Europe ruinée et dévastée.

Aujourd’hui, la crise à facettes multiples mène, à la fois, à une constatation et une proposition déterminantes pour l’avenir du projet inspiré par les pères fondateurs de l’Union européenne, i.e. Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide Amedeo Francesco De Gasperi, Altiero Spinelli et les autres inspirateurs de la CEE.

La constatation porte sur le triple déficit européen, en matière de légitimité démocratique, de leadership politique et d’un projet commun pour l’avenir. Il est désormais de notoriété publique que la gestion des problèmes politiques, économiques et sociaux attribuées à ces trois déficits, ne peut être la seule affaire des institutions technocratiques qui ne sont pas élus par les citoyens et qui, par conséquent, ne disposent pas de légitimité démocratique.

La désaffection des citoyens vis-à-vis des centres européens de prise de décisions, la dégradation du rôle d’organismes représentatifs, le recours à de contraintes budgétaires très strictes, dans le cadre d’une approche «ordoliberale» de la Commission européenne, comme la qualifie Jürgen Habermas dans une interview qu'il a accordée récemment, ont engendré de multiples impasses[1]. La croissance anémique, le chômage élevé des jeunes, en particulier dans les pays du sud de l’Europe, une remontée du repli sur soi (suite aux flux de réfugiés et de migrants et à l’échec du système de Dublin), reflètent en fait ces impasses. C’est justement ces impasses que de partis d’extrême droite exploitent - malheureusement avec succès. Par exemple, la rhétorique nationaliste de Marine Le Pen en France (évoquant l’«Union soviétique») ou celle du Geert Wilders aux Pays-Bas, en sont la preuve. Les citoyens rejettent le modèle actuel d’intégration européenne. La décision du peuple Britannique de quitter l’Union européenne – le Brexit – en est un exemple représentatif...

Des approches et des solutions plus technocratiques, comme celle proposée lors de la récente réunion de la France, de l’Italie, de l’Allemagne et de l’Espagne à Versailles, où une idée, celle de « l’Europe à plusieurs vitesses», sont vouées à l’échec. Pas en raison de l’absence de bonnes intentions, mais en raison d’une incapacité structurelle à répondre aux besoins réels des sociétés européennes, à savoir, la stabilité sociale, la cohésion et la croissance créatrice d’emplois afin de garantir l’avenir de nos enfants. Ces objectifs doivent se trouver au cœur d’un nouveau projet/enjeu pour l’Europe, axé sur les besoins des citoyens et l’avenir des sociétés. Ce projet devrait introduire une nouvelle relation, démocratiquement légitime, entre la structure nationale et supranationale, dans l’intérêt des citoyens et non pas des intérêts financiers, en respectant les valeurs européennes tout en assurant l’équité sociale. «Je ne veux pas impliquer qu’il y ait quelque chose de l’intrinsèquement supérieur dans les institutions nationales par rapport à d’autres, mais nous devons reconnaître la réalité des nations et des États et d’observer le risque lorsque ceux-ci sont ignorés, même convertis en un avantage électoral pour des nationalistes passionnés » soulignait de manière proactive l’historien Tony Judt en 1996, avant que l’impact de la défaillance de Leehman Brothers ait traversé l’Atlantique et ait mis en lumière les faiblesses structurelles de l’euro.

2017 n’est peut-t-être pas 1957, puisque les conditions politiques et économiques internationales ont radicalement changé, cependant, l’enjeu demeure actuellement le même: un projet européen qui prendrait en compte les besoins des citoyens en matière de croissance, d’emploi, de solidarité, de sécurité, en écoutant leur voix. Un projet par les citoyens, avec les citoyens, pour les citoyens. «Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes», écrivait Jean Monnet. Soixante années depuis sa création, le projet européen, soit retrouvera l’élan qui lui confère son caractère unique, ou laissera la place à des égoïsmes nationaux et au isolationnisme.

[1]https://www.socialeurope.eu/2016/07/core-europe-to-the-rescue/


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